Intervention rassemblement désolidarisation AAH – 13 juin 2021

A l’invitation d’ Act Up Paris pour le rassemblement pour la désolidarisation de l’AAH des revenus du.de la conjoint.e et le vote prévu le 17 juin 2021 à l’Assemblée Nationale, le CLHEE, par la voix de Cécile Morin, a lu ce texte le samedi 13 juin place de l’hôtel de ville de Paris.

Cécile Morin au micro sur le parvis de l’Hotel de ville de Paris, une interprête LSF

Nous sommes fier.e.s d’être à vos côtés aujourd’hui pour nous battre ensemble pour nos droits.
Dès le début du quinquennat, la présidence Macron a mis en avant le handicap comme l’une de ses causes prioritaires. La communication gouvernementale n’a eu de cesse de célébrer depuis la société « inclusive », sans jamais définir ce que recouvre cette notion.

Cependant, le refus réitéré de la majorité de déconjugaliser l’AAH, en cohérence avec les autres mesures prises par ce gouvernement en matière de handicap, a clairement montré la nature de son projet :

  • Il a consisté à inscrire dans la loi de notre discrimination et de notre dépendance avec la loi ELAN faisant passer de 100% à 20% la part des logements accessibles dans les immeubles neufs, rendant encore plus difficile la perspective d’une vie autonome ou bien la liberté d’aller chez qui bon nous semble
  • La promotion parallèlement de « l’habitat inclusif » qui pérennise en réalité une politique de dépendance organisée avec la complicité des associations gestionnaires qui en assurent la mise en œuvre. Un habitat qui empêche les personnes handicapées de vivre avec qui elles le souhaitent, les soumettant à une collectivité non choisie et à une mutualisation des aides humaines, ce qui reproduit la même ségrégation sociale et spatiale que celle qui existe dans les institutions, en changeant seulement le cadre architectural.
  • La valorisation des ESAT « hors les murs » qui ne changent rien du tout au statut des travailleurs des ESAT, qui n’ont pas les droits du travail : pas de SMIC, ni le droit de grève, ni le droit de créer une section syndicale… Un statut qui pour n’importe quelle autre catégorie de travailleurs passerait pour une exploitation éhontée mais qui, s’agissant des travailleurs handicapés, est présentée comme relevant de l’action sociale.

On voit comment cette prétendue inclusion permet au gouvernement et aux associations gestionnaires d’intégrer les critiques de déficit des droits des personnes handicapées, en laissant intacts les rapports de pouvoir qui nous assignent à une condition de précarité sociale, de dépendance organisée et d’exclusion. La condition dominée des personnes handicapées en France ne résulte pas d’une fatalité malheureuse ou d’un hasard biologique ; elle est construite par des politiques publiques ! C’est pour cela que le handicap est avant tout une question politique.

Et notre mobilisation d’aujourd’hui, en dépit de tous les obstacles que nous rencontrons pour nous organiser et même nous déplacer, prouve notre détermination à refuser désormais cette assignation à une condition dominée, à lutter pour notre émancipation, et pour ne plus laisser d’autres parler à notre place et décider avec qui et comment nous devons vivre.

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