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Femmes handicapées : nos corps ne sont pas des terrains de contrôle

En France, les femmes handicapées subissent une oppression intersectionnelle : celle du sexisme et celle du validisme. Ces systèmes de domination ne s’additionnent pas simplement : ils se renforcent et produisent des formes spécifiques de violences, d’exclusion et de contrôle.
Invisibilisées dans les statistiques, ignorées des politiques publiques, écartées du marché du travail, privées d’autonomie sur leur propre corps, les femmes handicapées font face à des discriminations structurelles que la société continue de banaliser — voire de nier.
Ce 8 mars, nous refusons ce silence.
Ce communiqué s’appuie sur des données publiques, mais aussi sur les analyses et les luttes des collectifs handiféministes. Les femmes handicapées produisent un savoir politique sur leur propre expérience que nulle expertise extérieure ne peut remplacer.
Rien sur nous sans nous.

Des violences massives, largement invisibilisées

Les femmes handicapées sont surexposées à toutes les formes de violences, en raison de la dépendance matérielle, de l’isolement et de la décrédibilisation sociale auxquels elles sont confrontées.
  • 16 % des femmes handicapées déclarent avoir été violées (33 % pour les femmes avec handicap psychique) contre 9 % des femmes non handicapées.
  • 23 % déclarent avoir subi des violences conjugales.
  • 88 % des femmes autistes ont subi des violences sexuelles au cours de leur vie.
Dans 90 % des cas, l’agresseur est connu de la victime : conjoint, famille, entourage ou personnel d’accompagnement.
La dépendance devient souvent une arme de contrôle : blocage de rendez-vous médicaux, confiscation d’aides techniques, isolement géographique ou social.
Les institutions médico-sociales constituent un angle mort statistique majeur : les violences y sont massivement sous-déclarées, alors même que les conditions de dépendance et d’isolement y favorisent les abus.

Corps contrôlés : violences médicales et reproductives

Le corps des femmes handicapées est trop souvent considéré comme un objet de gestion médicale ou institutionnelle.
D’un côté, les soins gynécologiques sont refusés ou inaccessibles :
    
  • 90 % des cabinets de gynécologie sont inaccessibles.
  • 77 % des établissements médico-sociaux déclarent des difficultés d’accès aux soins gynécologiques.
De l’autre, les femmes handicapées subissent des contraceptions imposées ou non consenties, parfois décidées par des médecins, des institutions ou des familles.
Les stérilisations forcées, bien que très peu documentées aujourd’hui, ont longtemps existé en France et restent légalement possibles dans certaines situations.

Un droit à la maternité constamment remis en cause

Les femmes handicapées sont dissuadées de devenir mères, parfois explicitement par le corps médical.
Celles qui ont des enfants font l’objet d’une surveillance institutionnelle permanente : leurs compétences parentales sont systématiquement évaluées, comme si le handicap impliquait une incapacité à être parent.
Dans le même temps, les aides réelles sont largement insuffisantes.

Précarité et dépendance : une autonomie empêchée

L’autonomie économique est un facteur central pour échapper aux violences. Or les femmes handicapées en sont largement privées :
  • 57 % des femmes handicapées sont hors emploi.
  • 54 % déclarent avoir subi des discriminations professionnelles.
  • Les emplois occupés sont majoritairement précaires ou à temps partiel.
L’AAH, aujourd’hui autour de 1 000 € par mois, ne permet pas de vivre dignement ni de construire une réelle indépendance.
Pour beaucoup, la dépendance économique au conjoint ou à la famille rend le départ d’une situation violente pratiquement impossible.

Nos revendications

Les violences et les discriminations subies par les femmes handicapées ne sont pas des fatalités. Elles sont produites par des choix politiques.
Nous exigeons :
1. La désinstitutionnalisation réelle
Fermeture progressive des établissements ségrégatifs et financement de la vie autonome en communauté, avec des aides humaines suffisantes.
2. La restitution de la pleine capacité juridique
Fin de la tutelle substitutive et mise en place de dispositifs d’accompagnement respectant la volonté des personnes.
3. L’autonomie sur nos corps
Interdiction effective des stérilisations non consenties, accès réel aux soins gynécologiques et à l’éducation à la vie sexuelle et affective.
4. Une justice accessible aux femmes handicapées victimes de violences
Formation des professionnels, accessibilité des commissariats et tribunaux, hébergements d’urgence adaptés.
5. L’autonomie économique
Accès réel à l’éducation et à l’emploi, renforcement et simplification de l’AAH, garanties de revenus permettant de vivre dignement.
6. Rien sur nous sans nous
Les femmes handicapées doivent participer à toutes les politiques publiques qui les concernent.